Halloween, ou l’art d’apprivoiser l’effroi

Anne-Françoise Meulemans

Anne-Françoise Meulemans

Addictions, Adultes, Bien-être au travail, Écoles, Famille - Parentalité, Relations amoureuses et couples, Seniors, Soignants, Haut potentiel- Autisme de haut niveau (anciennement Asperger), DYS-TDA-TDA/H-TSA (autisme), Ados, Qualité de vie

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Chaque fin d'octobre, une étrange trêve s'installe : celle où l'on cesse de fuir nos monstres pour enfin les regarder en face, un sourire en coin.

On dépense une énergie folle à barricader nos vies contre le moindre risque, et pourtant, chaque fin octobre, on paie pour frissonner devant du faux sang ou des squelettes en plastique. Drôle de réflexe. Mais vu de près, ce n’est pas si absurde.

​Dans la réalité, la peur ne prévient pas. Elle vous tombe dessus sans prévenir, un appel de l'hôpital à 21 heures, un escalier qui grince, l’angoisse d’un compte à découvert. Une peur brute, passive, qui crispe le ventre et paralyse.

​À Halloween, le scénario s'inverse complètement. On choisit l’effroi, on en fixe l'heure et la dose. Les biologistes ont un terme pour ça : la « peur récréative ». Votre amygdale cérébrale voit une silhouette patibulaire dans le noir et envoie un signal d'alerte immédiat ; une fraction de seconde plus tard, le lobe frontal la recadre sèchement : « Calme-toi, c'est le voisin déguisé avec un drap ». C'est précisément ce décalage qui soulage. On s'offre un pic d'adrénaline sans le danger réel. Une sorte de répétition générale, mais sans les conséquences.

​Pour les gamins, l'enjeu est encore plus évident. Vers 5 ou 7 ans, la peur du noir et les monstres sous le sommier prennent une place démesurée. S'habiller en loup-garou ou en sorcière permet de renverser la table : pendant une soirée, la terreur, c’est eux. Et le faire en bande, en réclamant du sucre sur le pas des portes, ça désamorce tout. Le monstre devient un déguisement qui gratte un peu sous les bras.

​Quant aux adultes, dans un quotidien qui cache les corps malades et repousse la vieillesse hors champ, cette fête entrouvre une petite soupape. On feint de jouer avec la mort un soir d'automne, on en rigole, puis on rentre fermer les volets, un peu plus rassérénés.

Et finalement, cette rencontre intergénérationnelle entre les adultes qui préparent leur plateau de bonbons et les enfants qui viennent les toiser, forts du courage de leur déguisement, n'est-ce pas la plus belle des rencontres ?

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