Quand le fracas remplace la parole : penser l'écosystème des violences

Anne-Françoise Meulemans

Anne-Françoise Meulemans

Addictions, Adultes, Bien-être au travail, Écoles, Famille - Parentalité, Relations amoureuses et couples, Seniors, Soignants, Haut potentiel- Autisme de haut niveau (anciennement Asperger), DYS-TDA-TDA/H-TSA (autisme), Ados, Qualité de vie

Publié le .

Retour

Quand la contestation s’embrase, tout le monde regarde la vitrine qui vole en éclats. C’est immédiat, spectaculaire, et la réprobation, bien compréhensible, tombe, comme un réflexe. Sauf qu’isoler cette casse matérielle pour n’en condamner que l’effet visible sans jamais interroger ce qui la précède participe de la même violence. Un déni pur et simple.

​La brutalité ne naît pas d’un coup sur un trottoir ; elle circule en circuit fermé. Elle s'enracine dans le champ social, judiciaire, politique, climatique, institutionnel. Et puis il y a celle qu'on tait presque toujours : la violence médiatique. Ces arènes sans cadre où le débat cède la place au pugilat, calquées sur l'économie des réseaux où le ressentiment fait de l'audience et du chiffre.

​En clinique systémique, on connaît bien ces familles qui ne parviennent plus à communiquer autrement que par l’éclat et le passage à l’acte. La rue rejoue exactement cela. Entre opportunisme pur, tentatives délibérées de décrédibiliser un mouvement et sentiment sourd que le silence ne sert plus à rien, l'émeute traduit d'abord une surdité collective.

​Tant qu’on s’obstine à trier les violences selon ce qui dérange ou rassure, on s’interdit de comprendre. Sortir de l’impasse suppose de refuser les indignations à géométrie variable et de restaurer un cadre capable d’entendre ce qui hurle, avant que le vacarme ne devienne le seul langage possible.

​C’est précisément ce nouage entre le singulier et le collectif qui anime le projet de CentrEmergences. Face à des institutions qui se raidissent et à des espaces de parole qui se polarisent, notre travail de soignants et de thérapeutes ne peut se limiter à colmater des symptômes isolés. Créer des lieux de consultation pluridisciplinaires, c'est d'abord réinstituer un cadre tiers, bienveillant mais solide, où la violence contenue peut enfin se dire sans avoir besoin de tout casser pour être reconnue.

Nos articles similaires

Le sujet vous intéresse ? Jetez un œil à ces autres articles récents.

Voir tous les articles

Politique des cookies

Afin d'améliorer votre expérience sur notre site, nous utilisons des cookies non publicitaires. Pour plus d’informations, consultez nos mentions légales.