L'éco-déni ou quand le dérèglement climatique devient aussi une question de santé mentale

Anne-Françoise Meulemans

Anne-Françoise Meulemans

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Pendant longtemps, le réchauffement climatique a été présenté comme une crise environnementale. Nous savons aujourd’hui qu’il est aussi une crise humaine, sociale et psychique.

Le climat ne change pas seulement nos paysages. Il transforme aussi nos corps, nos émotions et notre manière d’habiter le monde.

Les effets du réchauffement climatique sur la santé mentale sont désormais de plus en plus étudiés. Les épisodes de chaleur extrême ne sont pas seulement éprouvants physiquement : ils affectent également notre fonctionnement psychique. La chaleur augmente la fatigue, perturbe le sommeil, réduit les capacités de concentration et peut aggraver l’irritabilité, l’anxiété ou certains troubles psychiques préexistants. Le nombre de décompensation psychique monte comme la température sur le thermomètre

Notre cerveau n’est pas séparé de notre environnement.

Lorsque les températures deviennent extrêmes, lorsque les catastrophes se multiplient, lorsque l’avenir semble plus incertain, notre système nerveux est lui aussi sollicité. Certaines personnes développent une éco-anxiété, un sentiment d’impuissance ou une forme de détresse face à un monde qui semble perdre certains de ses équilibres.

Mais il serait trop simple de considérer ces réactions comme de simples fragilités individuelles.

Une inquiétude face au dérèglement climatique peut aussi être une réponse compréhensible à une situation réelle. Ressentir de la peur face à une menace ne signifie pas nécessairement être malade. Parfois, l’émotion est une forme de lucidité.

La question devient alors : comment accompagner cette souffrance sans nier la réalité qui la provoque ?

Cette question est d’autant plus importante que le dérèglement climatique n’est pas seulement le résultat de comportements individuels. Il est aussi lié à des choix collectifs, économiques et politiques. Certaines décisions prises par des groupes de pouvoir ou des dirigeants ont des conséquences considérables sur l’avenir commun.

Il serait tentant d’expliquer ces choix uniquement par la psychologie de quelques individus : leur personnalité, leur rapport au pouvoir, leur capacité ou non à ressentir de l’empathie, leur manière de gérer l’incertitude ou de privilégier le bénéfice immédiat peuvent être des plus inquiétants

Mais le problème est bien plus large.

Ce ne sont pas seulement des individus qui sont en cause. Ce sont aussi des systèmes portés par des hommes qui valorisent trop souvent la croissance infinie, la domination du vivant,l’enrichissement pathologique de certains au détriment des plus pauvres. Cette maladie mentale des puissants porte un nom l'affluenza.

La question n’est donc pas seulement : « Pourquoi certains responsables refusent-ils de voir ? »

Elle est aussi : « Quelles forces économiques, sociales et psychologiques permettent à une société de continuer malgré des signaux d’alerte de plus en plus nombreux ? »

Le déni, l’évitement, la rationalisation ou la difficulté à renoncer à certains avantages ne sont pas des phénomènes uniquement individuels. Ils peuvent aussi traverser des organisations entières.

La santé mentale nous rappelle une chose essentielle : nous sommes des êtres influencés par notre environnement, mais aussi capables de réfléchir à nos choix.

La psychothérapie n’a pas pour rôle de résoudre seule une crise qui est collective, ni de collaborer à ce dysfonctionnement. Elle peut cependant aider à comprendre ce que cette crise provoque en nous : peur, colère, culpabilité, sentiment d’impuissance ou au contraire désir d’agir.

Prendre soin de notre santé mentale face au changement climatique ne signifie pas détourner le regard du problème.

C’est peut-être au contraire une condition pour pouvoir l’affronter, et redevenir acteur et actrice.

Car pour transformer le monde, il faut aussi être capable de regarder lucidement aussi bien ce qui se passe autour de nous que ce qui se passe en nous.

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