Faut-il choisir un.e psychothérapeute qui nous ressemble ?

Anne-Françoise Meulemans

Anne-Françoise Meulemans

Addictions, Adultes, Bien-être au travail, Écoles, Famille - Parentalité, Relations amoureuses et couples, Seniors, Soignants, Haut potentiel- Autisme de haut niveau (anciennement Asperger), DYS-TDA-TDA/H-TSA (autisme), Ados, Qualité de vie

Publié le .

Retour

Si la neutralité absolue n’existe pas, le choix du thérapeute devient forcément une question intime : faut-il chercher quelqu’un qui nous ressemble, ou quelqu’un capable de nous rencontrer au-delà de ses propres repères ?

Si le thérapeute n'est jamais totalement neutre, une question pratique s'impose : vers qui aller ?

Les patients y répondent souvent sans même se le formuler. Ils choisissent quelqu'un qui leur ressemble, une façon de parler, une sensibilité, un type de vêtement,une vision du monde, parfois une histoire. Et ce n'est sans doute pas un hasard. La thérapie est d'abord une rencontre humaine avant d'être une rencontre entre un.e thérapeute avec ses formations et un.e patient.e avec ses symptômes. On cherche instinctivement quelqu'un auprès de qui une compréhension semble possible, pas seulement une écoute, mais une capacité à saisir quelque chose de notre monde intérieur, quelqu’un qui suscite chez nous un sentiment de sécurité,.

Choisir un thérapeute qui nous ressemble n'est pas nécessairement un problème. C'est peut-être même une forme de sécurité. Une personne qui souffre d'un sentiment d'injustice, d'une rupture avec certains modèles dominants, pourra plus facilement se sentir comprise auprès de quelqu'un qui connaît ces réalités ou qui leur accorde une vraie place, un.e patiente souffrant d'alcoolisme pourra se sentir mieux compris par un.e thérapeute qui en a également souffert.

Mais cette proximité a ses limites. La ressemblance peut devenir un angle mort partagé.

La question essentielle n'est alors peut-être pas : mon thérapeute me ressemble-t-il ? Mais plutôt : est-il capable de passer en mode méta ?

C'est-à-dire : peut-il observer ses propres réactions, ses propres valeurs, ses propres évidences ? Peut-il se dire "là, quelque chose en moi réagit. Est-ce que cela appartient au patient ? À mon histoire ? À mes convictions ?" Cette capacité à se regarder penser est peut-être l'une des compétences les plus déterminantes du thérapeute.

Un thérapeute engagé écologiquement peut accompagner quelqu'un qui ne partage pas ses convictions, s'il sait faire la différence entre sa conscience écologique et la souffrance singulière qui lui est confiée. Un thérapeute attaché à l'autonomie individuelle peut accompagner une personne marquée par les déterminismes sociaux, s'il ne transforme pas sa vision de la responsabilité en jugement moral.

La question n'est donc pas d'avoir les bonnes idées. C'est d'être capable de regarder ses idées, d'en prendre la bonne distance, afin de rester en totale adéquation avec le patient durant la consultation..

Un thérapeute dangereux n'est pas forcément celui qui a des convictions fortes. C'est celui qui ignore qu'il en a. Celui qui pense que sa propre pensée n'est que du bon sens.

C'est une expérience que nous pouvons tous faire : croire que notre manière de voir le monde est simplement la réalité. La différence réside dans le fait d'avoir conscience qu'il s'agit d'un biais, inévitable, qui intervient dans toute relation.

La posture d'humilité s'impose donc plus que jamais. Cette posture, aussi basse que nous souhaitions qu'elle soit, n'est jamais qu'une tentative, forcément imparfaite, qui n'effacera jamais complètement la place symbolique que le patient attribue au thérapeute. Une position qui, d'ailleurs, participe aussi à la construction de l'alliance thérapeutique.

Car ce qui peut devenir violent n’est pas nécessairement les valeurs que nous portons, mais le moment où elles cessent d’apparaître comme une position située pour devenir, à nos propres yeux, une évidence universelle.

Le patient devrait alors chercher deux choses à la fois : une proximité suffisante pour se sentir compris et accueilli, et une différence suffisante pour être rencontré autrement que dans le simple reflet de lui-même.

Le bon thérapeute n’est probablement ni celui qui nous ressemble totalement, ni celui qui nous est totalement étranger. C’est celui dont la présence permet la rencontre de deux mondes, sans que l’un cherche à prendre le dessus sur l’autre, ni à faire entrer l’autre dans son propre cadre de pensée.

Reste une dernière question : le patient peut-il réellement évaluer cette capacité méta chez son thérapeute ? Ou doit-il simplement faire confiance à cette impression difficilement mesurable "avec cette personne, je sens que je peux être moi-même sans devoir devenir comme elle ?"

Cette sensation est peut-être déjà, en elle-même, une partie du travail.

Nos articles similaires

Le sujet vous intéresse ? Jetez un œil à ces autres articles récents.

Voir tous les articles

Politique des cookies

Afin d'améliorer votre expérience sur notre site, nous utilisons des cookies non publicitaires. Pour plus d’informations, consultez nos mentions légales.