Noël, pour le meilleur ou pour le pire?
Anne-Françoise Meulemans
Publié le .
Les bonnes résolutions sentent souvent le roussi. Plutôt que de les graver dans le marbre dès le premier janvier, ne pourrions-nous pas les esquisser sur une page blanche?
Il y a plus de 4000 ans déjà, les Babyloniens promettaient à leurs dieux de rendre ce qu'ils avaient emprunté et de rembourser leurs dettes. Ces vœux, formulés au moment des semailles en mars, étaient des offrandes pour s'attirer les faveurs divines.
Dans la Rome antique, janvier portait le nom de Janus, ce dieu aux deux visages tournés à la fois vers ce qui fut et ce qui sera. Un symbole puissant de ce moment suspendu où l'on tente d'honorer le passé tout en se projetant vers l'avenir. Au fil des siècles, cette pratique s'est transformée pour devenir ce rituel familier : chaque début d'année, nous voilà à formuler nos bonnes résolutions, comme un rendez-vous avec nous-mêmes.
Les chiffres ne sont pas bons;) . Entre 80 et 92% des résolutions ne survivent pas au-delà de février. Pas de quoi nous accabler, mais plutôt de quoi nous questionner sur ce qui se joue vraiment.
"Faire plus de sport", "mieux manger", "être moins stressé", ... autant de formulations vagues, sans ancrage concret dans notre quotidien. Notre cerveau ne sait pas vraiment quoi en faire. Comment transformer une intention floue en geste concret ?
Avoir des objectifs trop grands, trop ambitieux crée un fossé vertigineux entre notre actualité, point de départ et notre objectif final, point d'arrivée.
Nos résolutions portent souvent le poids lourd du devoir, des attentes sociales. Elles deviennent alors des corvées plutôt que des élans. Et une corvée finit toujours par lasser. Le désir authentique est un bon moteur de changement, pas une obligation morale.
Le 1er janvier scintille comme une promesse de renaissance. Minuit sonne et nous voilà censés être transformés. Sauf que la magie n'opère pas et que notre cerveau, lui, ne se remet pas à zéro comme un compteur. Nos habitudes, nos automatismes, nos schémas sont tissés dans la durée. Ils ne se défont pas en un claquement de doigts à l'occasion d'une date sur le calendrier. Il faut du temps, de la bienveillance, de la persévérance et des réajustements.
Nous sous-estimons là complexité de tout processus de changement: les motivations évidentes et d'autres plus inconscientes, le besoin d’etre ccompagné ou du moins soutenu, la nécessité d’un environnement adéquat et peut être par dessus tout, notre propre disponibilité à nous- mêmes.
Or la volonté est une ressource qui s'épuise, surtout quand tout autour de nous continue comme avant. Un écart, un faux pas, une journée moins héroïque... et tout s'effondre. Beaucoup abandonnent dès la première imperfection, comme si le changement devait être linéaire et sans accroc. Pourtant, progresser, c'est justement accepter les méandres, les détours, les reculs temporaires qui font partie du chemin.
Tenant compte de tout cela, il peut y avoir du bon, même du très bon dans les bonnes résolutions. Celles-ci repensées et réinventées, peuvent devenir de véritables alliées, porteuses de magie. Le début d'année offre cette permission précieuse de ralentir, de regarder en arrière et devant soi, de ne plus avoir la tête dans le guidon d'un quotidien trop souvent aliénant. Dans l'agitation permanente, ces moments de pause se font rares. Se poser la question de ce qui compte vraiment, de là où va notre énergie, cette simple introspection a déjà de la valeur, peu importe ce qui suivra.
Formuler des résolutions nous oblige aussi à clarifier ce qui nous tient à cœur. Derrière "voir plus mes amis" se trouve le besoin profond de connexion, de partage. Identifier ces aspirations profondes, c'est déjà leur donner de la place, de la légitimité.
Des études, toujours des études;) montreraient que les personnes qui formulent des résolutions progressent davantage que celles qui n'en formulent aucune, même si elles ne les tiennent pas à la lettre. Poser une intention crée déjà un mouvement, une ouverture, une attention différente.
Plutôt qu'un contrat rigide, la résolution peut devenir une boussole intérieure, une intention bienveillante qui oriente nos micro-choix du quotidien. Chaque petit geste qui va dans cette direction compte et dessine un nouvel élément de ce paysage. Sublimons le petit,voire le minuscule et accueillons nos imperfections : un écart n'est pas un effondrement, c'est une information, un ajustement à faire.
Nous pouvons laisser émerger l'esquisse de ce que nous souhaitons voir grandir cette année. Une esquisse vivante, que nous ajusterons au fil des saisons, des semaines et des jours. Le projet se construit alors dans un rapport au présent plus incarné.
Chaque moment de pose, de prise de recul est un moment de respiration, une occasion de ponctuer le temps qui file et de lui donner une saveur et une intensité toute particulière
Les premiers traits laissent apparaître, jour après jour, un paysage qui nous ressemble, avec ses clartés et ses zones d'ombre, ses élans et ses pauses.
Comme un marin avançant dans la brume...
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Pierre Duray
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